Après
quelques sept rounds de négociations officielles et quatre rounds plutôt «techniques»,
Mauritaniens et Européens sont arrivés à un accord fixant de nouvelles règles
en matière de pêche. Le précédent accord arrivait à échéance le 31 juillet, c’est-à-dire
dans quelques jours. Le nouvel accord couvre la période des deux années à venir
à compter du 1er août prochain.
«Nous
sommes parvenus à un accord pour deux ans après un marathon de 15 mois de
négociations qui ont été par moment intenses», a déclaré Cheikh Ould Baya,
conseiller du ministre des pêches et chef de la délégation mauritanienne. Selon
lui, les négociations ont buté sur deux aspects de la problématique : le
niveau de la redevance et le souci de préserver la ressource halieutique. L’accord
est «historique» sur la forme et sur le fonds.
C’est
la première fois que les négociateurs mauritaniens ont négocié d’égal à égal
avec les Européens. Aucune pression politique n’a été ressentie. La présidence
mauritanienne s’est abstenue d’interférer malgré quelques tentatives
européennes de l’impliquer.
Les
résultats sont aussi sans précédent.
La
compensation qui s’élevait pour le précédent accord à 76,5 millions d’euros est
de 113 millions euros aujourd’hui. Dont 67 millions sous forme de compensation
financière, le reste étant constitué essentiellement de redevances de pêche. Dans
le nouvel accord justement, ce ne sont plus les caractéristiques du bateau qui
fixent le niveau de ces redevances, mais la quantité pêchée. On revient donc à
une situation plus juste et plus équitable.
L’ancien
accord taxait au même niveau des bateaux ayant différentes capacités de
captures et faisait perdre à la Mauritanie l’occasion d’appliquer la réalité
des redevances. C’est désormais à la tonne pêchée que la redevance sera
prélevée. De 10 millions d’euros, les redevances vont passer à près de 40
millions. C’est pourquoi l’important, ce n’est pas le nombre de bateaux qui
vont pêcher mais la quantité qui sera pêchée et qui se situe aux environs de
307.000 tonnes entre crevettes, merlus et pélagiques, en plus de la trentaine
de thoniers autorisés.
Désormais
toute la pêche de fonds sera débarquée à Nouadhibou. Ce qui permettra un
meilleur contrôle et surtout des emplois. Le pélagique sera lui entièrement
transbordé dans le port de Nouadhibou.
Le
niveau de mauritanisation de la main d’œuvre passe de 25% à 60%. Tandis que la
pêche des céphalopodes est reconnue monopole mauritanien. De quoi satisfaire
les producteurs artisanaux mauritaniens dont les produits étaient jusque-là
concurrencés par ceux des bateaux européens subventionnés et déjà à la pointe du
modernisme en matière d’équipements. Ce qui permettra de booster la pêche
artisanale dans notre pays.
La
surveillance satellitaire ne passe plus par les pays tiers mais elle est
directement effectuée à partir de la Mauritanie. Les zones de pêches ont été
réduites pour préserver les espèces. C’est ainsi qu’au sud de Timeris, le
pélagique passe de 13 à 20 miles et les crustacés de 6 à 8 miles. Au nord du
cap Timeris, les distances permises sont plus importantes.
Enfin
2% du pélagique pêché seront reversés au profit des poissonneries populaires
existant dans une dizaine de Wilayas (environ quarante points de vente d’un
poisson de qualité à moindre prix). Cette opération semble charmer les
partenaires européens parce que les Espagnols financent déjà un projet du genre
pour cinq millions d’euros.
«C’est un accord équitable qui s’inscrit dans la durée»,
a déclaré de son côté le négociateur européen, Stefaan Depypere ajoutant qu’il
respecte les «bases scientifiques de la préservation des ressources».