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samedi 7 janvier 2012

L’arrogance, le pire ennemi de l’homme


Ceux qui lisent le journal La Tribune me permettront cette reprise, pour faire lire le texte à ceux qui n’ont pas (ou ne veulent pas) avoir le journal, version papier.
On raconte que du temps des Awlad M’Bareck, cette tribu guerrière mythique de l’espace Bidhâne, une mère surprit son fils unique, le soir, tournant autour de sa belle jument, lui caressant la crinière, puis le dos, puis les flancs. Plusieurs nuits de suite, alors que le campement dormait déjà, le beau jeune homme se réveillait et s’adonnait au même rituel. Inquiète, la mère demanda un soir à son fils : «Qu’est-ce qui te perturbe ? Quelqu’un t’a-t-il dit quelque chose qui te contrarie ? Pourquoi tu te réveilles à ces heures et tu fais ce que tu fais ?»
Personne en fait ne pouvait contrarier le noble guerrier aimé et craint. Rien ne pouvait perturber la fougue du jeune guerrier. Alors ? «Mère, c’est le mépris des hommes qui me chagrine. Chaque fois que je pense que je suis aussi fort, aussi beau, aussi craint que je le suis, je n’arrive plus à dormir. J’ai envie d’en découdre…» La mère n’attendit pas le reste des propos pour éclater en larmes. «Dommage de te perdre à cet âge. Tu es perdu pour nous…»
Le lendemain des ennemis venus d’on ne sait où attaquèrent le Mahsar des Awlad M’Bareck. La fougue et la témérité – d’autres diront l’inconscience, d’autres encore l’insouciance – du jeune homme l’envoyèrent au-devant des lignes de combat. Il compta parmi les premiers morts de la bataille.
Cette histoire était racontée aux jeunes guerriers pour leur apprendre à tempérer leur fougue. Pour leur apprendre à ne pas tomber dans le piège du mépris de l’autre. Leur apprendre à ne jamais sous-estimer l’adversaire en face. Sous-estimer ou surestimer. Ne pas apprécier à sa juste valeur la situation qu’on croit maîtriser, la situation que l’on doit affronter.