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vendredi 18 novembre 2011

Le printemps qui dure


Le printemps arabe… dès le début on sentait qu’il y avait une arnaque en acceptant d’adopter une appellation aussi optimiste que celle-là. Il est vrai que les évènements de Tunisie ont vite enflammé les rues arabes et même européennes et américaines. D’où ce mouvement mondial de «l’indignation».
Quelques semaines après la fuite de Ben Ali, et c’est le dictateur d’Egypte qui s’en est allé contraint. Quelques mois et c’est Kadhafi qui connait une fin tragique. Cela dure encore au Yémen et en Syrie, dans une moindre mesure au Bahreïn.
Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on. La Tunisie à elle seule ne peut pas faire le «printemps arabe». Et, malheureusement, il n’y aura que la Tunisie…
Seule la Tunisie semble réussir à pousser le changement au-delà d’un simple lifting du système ayant sévi des décennies durant. Sans doute le niveau d’instruction a-t-il joué dans ce pays qui a, depuis l’indépendance en 1956, joué la carte de la ressource humaine. Il y a certainement aussi la proximité de l’Europe et surtout le bon départ d’une Tunisie libérée des pesanteurs ancestrales par la volonté d’un moderniste visionnaire : Habib Bourguiba.
La place de la femme, le niveau de scolarisation, l’école moderne, la promotion de la culture (arts, écriture, lecture…), le tout a joué maintenant que le pays se trouve à un tournant de son histoire.
Mais il y a un peu plus que cela. Il y a Rachid Ghanouchi, ce leader islamiste qui a fait ses relectures bien avant que la Turquie islamiste ne fasse les siennes. Idéologue du mouvement islamiste tunisien, Ghanouchi a su (et pu) concevoir un mouvement enraciné dans les valeurs traditionnelles et résolument moderniste. Dès la chute du régime Ben Ali, l’homme est rentré n’attendant pas de voir s’exprimer les radicalismes libérés par la disparition d’un régime qui réduisait au silence tous les acteurs. Il est rapidement entré dans le débat interne, choisissant de s’investir lui-même pour contenir les affrontements prévisibles à cause des passions.
La démarche a été payante pour un mouvement qui a eu le mérite de n’avoir jamais composé avec la dictature. Pas un moment. Sa réussite aux élections est une prime à l’opposition, à l’attitude d’objection morale aux trafics politiques ambiants.
Le processus de mise en place d’un gouvernement d’union, plus ou moins consensuel, est le fruit de la maturité d’un mouvement qui a su être autonome. C’est un défi pour tous les mouvements islamiques dans le monde arabo-musulman où la décennie à venir sera celle de la conquête du pouvoir par ces mouvements.
Le processus «révolutionnaire» est beaucoup moins évident en Egypte où il reste otage de vieilles querelles, de visions archaïques (celle notamment des idéologues islamistes du début du 20ème siècle), et surtout du système qui n’a perdu que l’une de ses têtes (visibles).
En Libye, il faudra attendre que se calment les vents annonciateurs d’instabilités politiques et sociales pour parler de «processus révolutionnaire». Au Yémen et en Syrie, l’entêtement des pouvoirs en place continue de mener à la dérive. Au Bahreïn, la confrontation avec l’Iran permet à la minorité Sunnite de réprimer en silence…
Vous avez dit «printemps arabe» ?