Pages

mardi 9 août 2011

Hommage au citoyen du Wagadu Ousmane Moussa Diagana


Pas de lune ce soir, tout n’est qu’obscurité.
La braise jette encore une lueur infime ;
Les étoiles, dansant au fond de leur abîme,
Baignent l’espace noir d’une faible clarté.

 Christian Saint-Victor

Ousmane Moussa Diagana s’en est allé il y a de cela dix ans… Nous voilà réunis pour tenter d’entretenir le souvenir, de revivifier la muse et d’attiser la flamme de l’inspiration qui a été la sienne… et qui nous a le mieux exprimés.
Dans notre diversité, dans notre richesse, dans notre enracinement. Je ne connais pas d’autres poètes francophones qui ait autant réussi à nous dire, à nous chanter et à finalement nous unir.
Chacun de nous peut parler sans arrêt, commenter, réciter les textes de Ousmane Moussa Diagana, invoquer quelques intimités avec Dembo, et tous, nous resterons en-deçà de ce qu’il est, de ce qu’il représente, de ce qu’il a été, de ce qu’il a représenté. Je me suffirai à relever quelques dimensions de ce personnage qui était, comme tous ceux de son étoffe, plus grand que son époque, certainement meilleur que ses contemporains.
Chez Ousmane Moussa Diagana, ce qui frappe d’abord, c’est la force de caractère. Un caractère imprégné de métissage et rejetant toute forme de monolithisme culturel. C’est pourquoi je dirai de lui qu’il est avant tout un homme de dialogue, un homme d’ouvertures. Ouvertures multiples.
Un homme d’ancrages aussi. Tout en refusant de se laisser étouffer par une identité particulière, par une dimension exigüe de son être, par un quelconque particularisme.
Ancrages et ouvertures sont les véritables fondements de l’architecture de la personne. En cela, Ousmane Moussa Diagana a incarné ce qui, à mes yeux, fait que le Soninké est Soninké.
C’est bien la longue tradition de cette culture qui a donné le premier Etat d’Afrique noire : le Ghana. Toute la tradition du Wagadu s’est traduite dans les cultures environnantes de l’espace sahélo-saharien. Les épopées ante ne seront que des reprises, plus ou moins réussies, du mythe fondateur de la culture Soninké.
Si dans d’autres cultures, les Autres sont appelés des barbares, la culture qu’incarne Ousmane Moussa Diagana intègre le point de vue de l’Autre et prend en charge ses préoccupations. Elle se fait creuset. De telle manière que les cultures parentes en deviennent de simples prolongements. Tout en cultivant la diversité, elle fonde l’unité. C’est ce qui fait sa force.

Mon pays est une perle discrète
Telle des murmures des vagues
Sous un bruissement vespéral
Mon pays est un palimpseste
Où s'usent mes yeux insomniaques
Pour traquer la mémoire
Pour saisir ce battement primordial
De la rencontre de l'eau et du grain de sable
C'est cela ma folie
C'est cela ma passion
Mon unique passion
Pour te mériter
Ô pays !
(Notules de rêve pour une symphonie amoureuse)
Ici, comme dans Cherguiya, Ousmane Moussa Diagana chante son pays, notre pays. A sa manière.
Au moment où il composait ses plus belles odes, le pays était divisé par le fait d’une volonté politique qui visait à détruire ses fondements. Meurtries, les âmes n’avaient pas forcément le loisir de savourer ce qu’il y avait de beau en nous, de cultiver ce qu’il y avait de riche en nous : la diversité. Ousmane Moussa Diagana l’a fait. Décidément, il était bien plus grand que nous.
Cherguiya sonnera encore et toujours comme un hymne à cette diversité qui prend ses racines quelque part dans le Hodh, l’ancien Wagadu, et qui irrigue de sa sève le pays tout entier.

 Nattes piquetées de perles 
Et de blancs osselets 
Seins pleins 
Terre de chair brune 
Aux épis indolents 
Drapé désinvolte 
D’un pagne-cola 
Sur le nœud coulant 
D’un regard blême 
Tempête d’hivernage.

…Le poète Ousmane Moussa Diagana ne pouvait pas rester parmi nous… Ses ailes de géant l’empêchaient de se mouvoir dans un pays qui n’arrivait pas à retrouver la faculté de se tenir debout, ensuite de marcher, en tenant les mains, douces et colorées, de ses enfants, de tous ses enfants… Il est parti.